mercredi 9 novembre 2016

CoupDeProjo: Forest In His Heart - Free Nipples EP


Les CoupDeProjo ce sont des chroniques courtes et chocs sur des trucs qui nous mettent des claques! Toujours en free download ou presque.

La première fois qu'on a croisé la route d'Ira Lee c'est sur le label Platinum de Rubin Steiner avec l'explosif projet The Fox Heads et son incroyable hit "Goooogle It" où il posait sa voix si particulière sur les productions electrock de Funken. Depuis on ne le quitte plus, on le suit à la trace, on le playliste à chaque fois qu'on en a l'occasion et on correspond de temps en temps sur le réseau. Il fut aussi l'un des premiers artistes chroniqués sur ce blog, ce qui forcément créé des attaches particulières. De là à dire qu'Ira Lee serait notre madeleine... Il faut dire que le garçon a tout pour attirer la sympathie et la curiosité: complètement artiste, il touche à tout et aime se mettre en danger, aisance et puissance vocales, il chante - le rock, le blues ou la soul - aussi bien qu'il rappe, physique magnétique, force du propos et extrême gentillesse... Le gendre ou mari idéal pour qui voudrait voir le Saul Williams (oui on avait dit qu'on arrêtait avec le naming mais là y a vraiment un truc) canadien entrer dans sa famille. 



Depuis 2015, Ira Lee s'investit à corps et âme perdus dans le projet global Forest In His Heart qui lui colle littéralement à la peau puisque c'est devenu son nouveau nom de scène. Avec ce projet qui allie vidéo, photographie, musique (évidemment), mode et prestation scénique, Ira Lee a voulu pousser encore plus loin la poésie de ces textes, en faire un univers à part entière, au service d'un seule esthétique mêlant toutes les disciplines artistiques. Inspiré par sa muse, Dadi Poulain, il a voulu faire de sa musique un objet scientifique et historique tel que le préconisait Richard Wagner avec l'opéra ; le Gesamtkunstwerk comme disait K. F. E. Trahndorff en 1827. Un bordel pas forcément joyeux et pas toujours vocal - écoutez la playlist 13 Important Films To See Before You're Born - mais résolument personnel, indépendant, sincère, sans concession, qui navigue entre Montréal et Berlin sans néanmoins tenir compte de quelconques frontières, physiques ou morales. Dès les premiers vers du premier titre de Forest In His Heart, Here Come The Wolves, on est mis dans le bain: "The iron in our blood, is made out of stars, with little oceans in between, we are imperfect machines." Ce sont ces imperfections inhérentes à notre pauvre humanité en même temps que les formidables mécanismes de notre esprit parfois - qui a dit souvent? - tordu, qui fascinent Ira Lee et qui sont l'objet de ce nouvel EP au titre assez improbable Free Nipples.




Scruter, décrypter, analyser les esprits malades de ses congénères de l'Anthropocène, voilà la mission délicate et certainement éprouvante que s'est donnée Forest In His Heart. Chacun des cinq titres racontent l'histoire d'un cas particulier de maladie mentale présenter à la manière d'un rapport psychiatrique officiel et mis en chair par le talent musical d'Ira Lee. Ainsi le premier titre, Sam, raconte l'effrayante histoire de Samantha Andrei, schizophrène et paranoïaque, qui fut condamnée à mort après le sauvage assassinat des membres de sa famille... Alertée par les voisins qui s'inquiétaient de "bruits et cris horribles", la police découvrit sur les lieux la dite Sam, qui venait de sortir d'internement, au milieu d'une mare de sang, un couteau de boucher dans une main, de la crème glacée dans l'autre... autour d'elle des seaux de sang et des sacs poubelles contenant des morceaux de corps humains! Glaçant non? Dans Dance Is A Poem, c'est le récit très autobiographique d'un certain Ira Lee Gather qui souffrait d'anorexie nerveuse, d'anxiété et de narcissisme et ne se nourrissait que de café, soupes lyophilisées, boissons énergisantes...et cannabis. Un cocktail explosif qui lui valu des excès de violence non maîtrisés lorsqu'il planta une fourchette dans le dos d'un promoteur de concerts qui tentait de l'arnaquer! Piquant non? Les trois autres cas ne font pas encore l'objet d'un rapport complet mais on se dit qu'on ne devrait pas beaucoup se marrer devant les errances de l'âme humaine, toujours capables des pires horreurs. Mais Forest In His Heart ne condamne pas, il veut exposer ces cas de déraillement de l'esprit, les comprendre peut-être, pour mieux connaître le monde dans lequel on vit. 


 

Et musicalement me direz-vous? C'est l'éclate totale! Les genres se mêlent dans des variations de couleurs allant d'une profonde obscurité chaleureuse à une puissante lumière froide, passant d'un pogo punk dans un entrepôt désaffecté à la grâce de la danse d'un cygne dans un palais de glace, et souvent à l'intérieur d'un même morceau. Si d'après nous la structure des titres reste résolument hip-hop, Forest In His Heart se moque des frontières de genre et n'hésite pas à explorer le rock (les riffs puissants sur Love Is Better Than God) et l'electro (délire final sur Little Ghost où les synthés flirtent avec le métal lourd) dans le but de créer un univers à part, personnel, résolument différent de ce qui sort quotidiennement de nos enceintes, identifiable dès les premières notes. Un disque fait avec les tripes, où l'artiste ose tout et ne s'interdit rien, se confondant avec son œuvre, usant de sa musique pour créer du lien, et diffuser son art global auprès de vrais gens en multipliant les voyages et les rencontres pour faire parler les cœurs et y faire pousser des forêts: "Well, travelling is like heroin to a guy like me, that don't have any friends unless he's on the road".



Supportez ce projet un peu fou et faites tourner la musique d'Ira Lee en attendant la sortie de la mixtape Forest In His Heart réalisée par Dj Emoh et prévue pour le 1er décembre prochain.


FOREST IN HIS HEART

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