lundi 22 août 2016

JazzJazzNotJazz #2 - RiP Bobby Hutcherson (Tributlations)


1941-2016.

La mort de Bobby Hutcherson a sans doute moins enflammée la toile des réseaux que celles de Bowie ou Prince qu'on avait nous même honoré en leurs temps sur ces pages, elle est néanmoins tout aussi importante en termes de page qui se tourne dans l'histoire de la musique, encore plus dans mon histoire avec la musique. C'est en effet avec Dialogue (1965), Head On (1971), San Francisco (1971) et son Live At Montreux (1974), tous édités chez Blue Note, que j'ai rencontré, grâce à Benoit R. (encore lui, on vous en parlait dans la présentation du JazzJazzNotJazz #1), les vibrations californiennes, enivrantes et pleines d'un groove aussi méticuleux qu'étincelant, de ce cher Bobby, qui en plus d'être un virtuose de la note bleue était paraît-il un très chic type. Sans entrer dans les détails discographiques bien trop longs et certainement mal maîtrisés (il est l'auteur d'une quarantaine d'albums en tant que leader) on tenait à vous présenter un top 5 forcément subjectif et incomplet pour vous présenter ce qui fait que Bobby Hutcherson est, ou devrait être, une figure incontournable pour tout amateur de musique, et qu'il est en tous cas résolument pour nous:


On commence par la version live de Moontrane, à Montreux évidemment, parce que le jazz c'est vie et qu'il n'est jamais aussi libre que lorsqu'il s'exprime sur scène. Accompagné de la trompette virevoltante de Woody Shaw (qui est d'ailleurs l'auteur de ce titre coltranien aux accents lunaires), Hutcherson se joue des lames métalliques comme le vent se joue des feuilles rougissantes des arbres quand la chaleur de l'été laisse place à la douceur de l'automne débutant. Pendant 10 minutes, on se laisse porter par des fils invisibles, si ce n'est dans une lumière ultra bleue, dans un univers onirique qui tranche avec les premières notes de Les Noirs Marchant qui frappent l'oreille au cœur comme les pas des militants des droits civiques frappaient le bitume étasunien en ce temps-là. Nous sommes en 1965 et, si le Civil Rights Act a été signé un an auparavant, la route reste longue et le combat difficile (le Docteur King adopte une stratégie plus universaliste alors que les Black Panthers, de plus en plus en vue, entendent durcir le mouvement) pour les Afro-américains qui font des marches un moyen de manifestation comme en mars 1965, un mois avant l'enregistrement de Dialogue, première sortie officielle de Bobby sur Blue Note, organisées de Selma à Montgomery en Albama pour la simplification de l'inscription sur les listes électorales qui furent marquées par d'importantes violences policières et le meurtre de la militante blanche Viola Liuzzo par des membres du KKK. Même si le lien entre la pièce de Bobby et les évènements de mars n'est pas clairement établi, difficile de ne pas ressentir le volontarisme des activistes dans cette mélodie blues, mêlant colère profonde et espoir déterminé. On poursuit dans l'esprit Black Power avec les titres suivants Ummh et Mtume (1971 mais sur deux LP différents) qu'on croirait tout droit sortis d'une BO Blaxploitation ultra classe où les clichés véhiculés par les images ne seraient pas contre-productifs mais dans lesquelles le héros Black serait plus proche de 007 que de Tony Montana. Deux merveilles à écouter en boucle. Montara enfin, et, tel le sarcophage planqué au fond de la pyramide de ce pharaon de la planète jazz, pour l'éternité puisque d'une part c'est la ville où Bobby s'est éteint le 15 août dernier, et que de l'autre, part, c'est sans doute le titre de sa discographie qui a été le plus samplé, notamment par le sire Madlib qui le plaçait en bonne place sur son mythique Shades Of Blue (et dont on a placé un extrait dans le mix F&L consacré à Bobby Hutcherson, si, si je vous assure il est en free download ). Un monument.
Pour une plongée plus profonde dans l’œuvre d'Hutcherson on vous recommande chaudement les mix "tribute" signés Spacewalker pour Music Is My Sanctuary (en free download s'il vous plaît!) et ceux de l'incontournable, dès qu'il s'agit de bonne musique et des géants décédés, Gilles Peterson (déjà 2 parties sont disponibles en attendant la 3è).
Pour les iconoclastes, amoureux du risque et amateurs de gratuité, ça se passe juste en dessous avec, comme à l'accoutumée pour les Tributlations, un mélange, qu'on espère savant, de samples, reprises, edits dans une atmosphère electro hiphop et donc jazz. On remercie particulièrement The Beatfonis Crew et The Jazz Jousters pour leur deux projets en hommage à Bobby Hutcherson qui nous ont bien servi ici.

Enjoy & Jazz!

Mix:

Lien de téléchargement: https://hearthis.at/tk9qzvc7/jazzjazznotjazz-2-rip-bobby-hutcherson/

Playlist:
01 - Artie Zaitz Quartet - Head Start
02 - Bobby Hutcherson x Light Of The World - Maiden Voyage x London Town [EvilBert Edit]
03 - Mecca83 - For Bobby
04 - Sup Nasa - Dooinit
05 - Gadget - Mirrored Images
06 - Space^heaD - Dreams Of Blue [prod. Nicolas Wilfried]
07 - veks - 'At The Source' Beat Tape [RIP Bobby Hutchinson]
08 - B 3 N B i - Convex (Aesop Mix)
09 - thegodfatherExperience - Floating Night
10 - Bobby Hutcherson - Primary Influences
11 - Charlie - Mr TrustMaker
12 - DeLeon Vibraphone Trio - Little B's Poem
13 - Archie Shepp - On This Night (Bobby Hutcherson on vibes)
14 - kastro - FTC 107
15 - Mr. Moods - Reflection In The Mirror
16 - JTTB aka Jazz To The Bone - Montara
17 - Madlib - Montara by Bobby Hutcherson
18 - I Am A Librarian - Last Breath feat. Bobby Hutcherson
19 - Diligent Fingers feat. Awakening Dawn - Reflections Instrumental
20 - The Higher Hands - Little B's Poem Live
21 - Kinno - The Ups and Downs
22 - Bobby Hutcherson - Artist Advice

The Jazz Monitors 1957 - from left, Roger Dawson, drums, Herbie Lewis, bass, Bobby Hutcherson, vibraphone, Nat Brown, piano

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