dimanche 28 février 2016

Shaolin Jazz - Blow One For Clarence


Rien qu'au visuel on se dit qu'on a quelque chose de très bon à se mettre sous l'oreille. D'abord cette pochette vinyle usée et délavée par l'usage intensif d'un Dj comme on en fait plus (ou presque) suivi d'un séjour trop long dans un garage mal isolé et humide. Ensuite ce graphisme chatoyant rappelant les codes du cinéma de la Blaxploitation, avec sa bande à la Starsky & Hutch, dont le pitch proposerait ici un duel entre deux hommes qui ne font qu'un en réalité: un Janus du ghetto dans un épisode de Retour Vers Le Futur version parodie porno où notre héros chercherait à ne pas casser le fil doré de la Black Music en faisant office de trait-d'union masqué entre la soul qui vit émerger les premières étoiles noires et le rap qui plaça les bad boys au sommet de l'empire de l'industrie musicale...Ce héros c'est Clarence Reid aka Blowfly, décédé le 17 janvier dernier (on avait placé un edit dans le #Onceamonth1601 pour l'occasion!).



Lien de téléchargement offert par Dj 2-Tone, créateur du Shaolin Jazz:

Clarence Henry Reid (1939-2016) est donc la tête d'affiche de cet hommage sonore réalisé par les experts de Shaolin Jazz. Dans les années 1960, il est l'un des gosthwriters des débuts de l'histoire de la grande période SOUL et il vend sa plume, ses compos et talents d'arrangeurs à toutes les plus grandes voix et maisons du genre: Betty Wright chez Alston (label sur lequel sortiront également des titres sous son vrai nom), Franck Williams & The Rocketeers chez Deep City Records, Irma Thomas chez Chess, Gwen McCrae, Wilson Pickett ou Joe Tex chez Atlantic, etc... j'en passe et certainement de très bons! Le talent de Reid est reconnu ce qui lui permettra de sortir 4 LP solo sous ce nom dont le formidable Running Water qui date de 1973, année non moins formidable pour la musique. Un album distingué, classe, dans une alliance d'instrumentaux jazz funk de haut vol sur lesquels se pose la voix soul de Clarence ; un diamant! Pourtant c'est au même moment que débutait les aventures de son alter-gogo sarcastique, obsédé et un brin dérangé: Blowfly!  L'origine de ce surnom est à chercher du côté de son enfance, sa grand-mère trouvant ses interprétations frivoles des hits twist du moment plus crades qu'une mouche à viande! Toujours d'après la légende, c'est en 1965 qu'il écrit et enregistre pour la première fois son fameux "Rapp Dirty" qui fait de lui le père fondateur du mouvement hip hop ; pourtant aucune copie n'existe de cet enregistrement, et ce n'est qu'après le succès phénoménal du Rappers Delight du SugarHill Gang, que le titre ressort en 12" chez TK Disco. Ce n'est pourtant pas un détail chronologique, finalement sans grande importance, qui changera quoi que ce soit à l'influence du "porno freak" Blowfly sur le monde du hip-hop! D'abord par sa discographie pléthorique (27 albums, presque autant de singles et 5 compilations!) qui s'inscrit  à pieds joints dans les temps de la naissance du hip hop et qui a ensuite allégrement nourrit les sampleurs des producteurs de toutes les générations de Dj Quick à Jurassic5 en passant par Dj Shadow: cela fait incontestablement de Blowfly l'un des piliers du hip hop (écoutez First Black President de 1983 pour vous en persuader). Par la démarche artistique ensuite,  avec un parti pris radical d'un gars masqué dans une cape à paillette qui envoie valser toute la culture mainstream et la bien-pensance un poil cul-béni des États-Unis dans un tourbillon disco-funk-trash dans lequel le mauvais goût et la luxure sont roi et reine! En sirotant et parodiant version porno les plus grand hits du billboard (Shitting on the dock of the bay) qui lui valurent procès et censure tout en offrant des prestations scéniques on ne peut plus débridées, Blowfly s'est fait le super-chantre d'une contre-culture jusqu’au-boutiste qui ouvrit indéniablement des brèches dans lesquelles s'engouffreront les provocateurs musicaux de tout poil! Clarence "Blowfly" Reid c'est le Yin et le Yang de la musique noire à lui tout seul! Le masque de MF Doom, les pornstars de Snoop Dogg et la provoc' verbale d'un Necro peuvent lui dire merci!


Cette figure aussi délirante qu'essentielle dans l'histoire du rap méritait bien un featuring avec le plus grand crew hip hop de tous les temps le Wu-Tang Clan, porte-étendard d'une musique moins inconsciente et peut-être plus sombre mais qui symbolise à lui tout seul l'étendue du phénomène hip hop et de sa planète rap issu des délires de mecs comme Clarence Reid. Le flow des new yorkais se marie à merveille avec les prods over-the-funk du regretté Blowfly.



Avec ce titre diablement efficace, dédié à l'un des pères fondateurs du hip-hop, Shaolin Jazz poursuit son œuvre de valorisation des trésors de la musique noire après avoir rendus de dignes hommages au Wu-Tang justement puis à Gil Scot-Heron et Donald Byrd (ces projets sont tous disponibles gratuitement sur leur site). Le tout avec classe grâce à une ambiance jazz qui est chère aux fondateurs du projet: Greg Wilson et Dj 2-Tone. Et merci à eux de nous offrir ce titre en free download!


Shaolin Jazz: Soundcloud / Site / Facebook / Twitter
Clarence Reid aka Blowfly: Discogs (1) / Discogs (2) / Site / Facebook

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